se sentir adulte
Humeurs,  Vécu

Le jour où je me suis sentie adulte


Il y a l’âge que l’on a et celui que l’on ressent. J’ai 46 ans, autant dire un âge plutôt avancé. Pourtant, j’ai mis beaucoup de temps avant de me sentir réellement une adulte.

Entre savoir que l’on est adulte depuis des lustres et admettre que l’on fait bel et bien partie de la même catégorie que ses parents, à savoir, les grandes personnes, il peut y avoir un gouffre.

Pour être tout à fait honnête, je pense que j’ai eu ce sentiment d’appartenance au monde des adultes il y a environ deux ans.

Pourquoi ? J’ai ma petite idée mais c’est un peu le but de cet article d’essayer de vous expliquer à quel moment je me suis vraiment sentie adulte. 

se sentir adulte

Pourquoi je ne me sentais pas adulte ? L’angoisse du temps qui passe.


J’ai toujours été très proche de ma mère. Cela peut expliquer ce côté un peu infantile qui ne m’a pas quitté durant de longues années.

Mais je pense que ce n’est pas la seule raison. 

J’ai un vrai problème avec le côté date limite de péremption de la vie. Ainsi, réaliser que l’on a définitivement quitté le monde de l’enfance ou de l’adolescence nous rapproche inexorablement de la sortie.

Le temps qui passe est l’angoisse principale de mon existence. Je peux même dire que cette angoisse m’empêche de profiter pleinement du temps présent. 

Pour cette raison, je suis restée très longtemps bloquée dans ma tête, dans cette phase ado. Ce refus de grandir a toujours été un refus de vieillir, donc de mourir. 

J’ai eu beau avoir des enfants relativement jeune, cela ne m’a pas fait vraiment mûrir pour autant.


Être une maman immature, c’est possible ?


Eh bien oui ! Par contre, j’ai toujours été hyper responsable et organisée avec mes enfants.

Mon rôle de maman a d’ailleurs été la première étape de mon entrée dans le monde des adultes. Du jour au lendemain, vous devenez responsable d’un petit être qui ne peut pas survivre sans vous. Cela vous bouleverse autant que cela vous fait évoluer. Mais je partais de tellement loin dans l’immaturité, que la maternité n’a pas relié tous les fils d’un seul coup. 

Une partie de moi restait perdue quelque part, coincée entre deux mondes. 

À la naissance de ma fille, j’ai été encore un peu plus propulsée dans un univers de grands. Si vous me suivez, vous connaissez tous les problèmes qu’il y a eu à affronter. Sinon je vous mets le lien ici. 

C’était à moi de prendre des décisions, de faire des choix, le tout sans me planter. Bien sûr, je n’étais pas seule mais ma voix comptait et elle était même fondamentale. J’étais écoutée et non plus simplement entendue.

Même avec tout le soutien du monde, dans une situation comme celle-là, vous êtes seule. Vous grandissez donc d’un seul coup. 

Bizarrement, toutes ses épreuves ont fini par avoir un peu l’effet inverse.


En mode régression, on se protège.


Je savais que je faisais face à des situations que peu de monde serait capable d’assumer.  

Mais j’ai eu un mode de fonctionnement très paradoxal. 

Je gérais totalement mes enfants sur tout le quotidien et le côté éducatif et mon mari me gérait moi. Il avait un comportement très paternaliste et protecteur vis à vis de moi. 

Alors, je me suis laissée porter intégralement. Un peu comme si je redevenais une enfant dont il fallait s’occuper. Il ne fallait surtout pas me demander de remplir une feuille d’imposition, de payer une facture ou de tenir le moindre compte. Tout le côté administratif d’un foyer me passait totalement au-dessus de la tête. 

Avec le recul, je pense que je n’étais tout simplement pas capable d’endosser un rôle d’adulte à part entière. J’avais besoin de garder le peu d’insouciance qui était bien enfoui au fond de moi. 

Mon mari, lui, n’arrivait pas à accepter les problèmes de notre fille donc il m’épaulait en prenant en main tout ce que je ne faisais pas. Finalement, on formait une très bonne équipe. Mon côté mature s’imposait pour tout ce qui concernait les enfants mais pas pour le reste. 

Aujourd’hui, je ne suis pas spécialement réconciliée avec tout ça mais c’est un choix éclairé. En gros, si je devais le faire, je le ferais. 

Les années ont filé à une telle vitesse que je suis arrivée à l’âge de 40 ans, sans même m’en apercevoir. 


La crise de la quarantaine. 


Arrivée à 40 ans, je pense que j’ai littéralement beugué. Avoir conscience d’avoir vécu peut-être plus de la moitié de ma vie, a été une véritable angoisse. J’avais envie de légèreté, de m’amuser et de ne plus penser aux problèmes des adultes. J’étais arrivée à saturation d’une accumulation de situations trop lourdes à gérer.

Je vous vois venir, je ne parle pas ici de m’amuser en batifolant à droite et à gauche. 

Non, c’était de l’amusement de type aller à encore plus de concerts ou ne plus me prendre la tête pour rien. Je pense que je cherchais juste un sens à ma vie que je n’avais pas encore conscience d’avoir réellement trouvé. 

Cette phase n’a pas duré très longtemps, le temps que je retrouve un peu mes esprits. 

se sentir adulte

À quel moment je me suis enfin sentie adulte ? 


Il y a eu un événement très marquant dans notre vie qui m’a propulsée directement dans le monde des adultes sans passer par la case interrogations.

Mon mari a perdu sa maman de manière très brutale, un soir. Je crois que ce jour-là, tout a changé. 

Tout d’abord parce que lui vivait la chose si mal qu’il devait y en avoir un qui garde la tête bien vissée sur les épaules. 

Ensuite, j’ai réalisé qu’effectivement, on pouvait partir du jour au lendemain, quoi que l’on fasse de sa vie. Il n’y a rien que l’on puisse faire pour éviter de quitter ce monde de manière soudaine.

La fragilité de la vie m’est devenue tellement concrète que j’étais face à ma plus grande angoisse: notre côté éphémère dans ce monde. 

Pendant que mon mari tentait de faire son deuil, j’ai pris encore plus les enfants en main ainsi que notre vie. Mais, en même temps, je faisais de plus en plus de crises d’angoisses liées au traumatisme de cette soirée.

J’ai décidé de me faire aider par Papa-psy avec l’EMDR

Il faut savoir que l’EMDR est particulièrement efficace pour tout ce qui concerne les stress post-traumatique. Et c’était bien de cela qu’il s’agissait. 

Et croyez-moi, cela a été radical. Cette technique thérapeutique m’a permis de ne plus avoir d’attaques de panique tous les soirs à la même heure. ( Je fais toujours des crises d’angoisse mais non liées à cet événement précis.)

Quoi qu’il en soit, je crois que c’est à ce moment-là que je me suis enfin vraiment sentie adulte.

J’ai toujours ce petit côté infantile mais l’insouciance a définitivement disparu. Du moins, elle est bien cachée.

J’ai réalisé que oui, j’étais adulte, que nos parents n’étaient pas éternels donc nous non plus. Et qu’il était alors primordiale que je sois un pilier encore plus solide pour mes enfants. 

Bien sûr, j’ai retrouvé mon petit côté délirant au fil des mois, car la vie reprend toujours le dessus. Et on ne change pas sa nature profonde. Il n’empêche que je sais aujourd’hui à quel monde j’appartiens et il n’y a plus aucune confusion dans mon esprit. 

Je me suis endurcie sur certains points, mais j’ai encore beaucoup de chemin à faire sur d’autres.


Finalement, l’âge c’est dans la tête ?


Oui et non ! Car il se voit aussi sur notre visage et à travers notre vécu. 

Il parait que je suis encore jeune, mais je ne me sens plus très jeune. Tout simplement parce que les réalités de la vie m’ont rattrapé et permis de comprendre que chacun à sa place bien définie et son rôle à tenir.

Je serai toujours la petite fille de ma maman. D’ailleurs, j’aime bien régresser à ses côtés. Mais je suis surtout la maman de mes enfants et la femme de mon mari.

J’assume pleinement ce rôle et j’en suis même plutôt fière. Avec mes enfants, je garde une part de maman-copine pour ne jamais oublier que j’ai eu leur âge. Mais j’ai toujours su arborer les deux casquettes sans qu’ils s’y perdent. 

mes petits bonheurs de la semaine #5

Pour conclure.


Aujourd’hui, je suis enfin en phase avec l’âge que j’ai. Cela m’aura pris environ 44 ans.

Je n’aime pas spécialement voir mon visage se rider et s’affaisser alors je ne serais pas contre un petit ravalement de façade 😄

J’aime toujours autant m’amuser, mais j’ai la lucidité de mon âge.

Vieillir, c’est compliqué surtout lorsque la fin de vie ou la maladie vous angoissent. Je n’ai pas encore réussi à accepter ce concept. Je me demande d’ailleurs s’il y a des personnes qui l’acceptent vraiment. 

N’hésitez-pas à venir m’en parler en commentaires ou sur ma page Facebook. Je serais ravie de savoir si je suis la seule à me questionner sur ces considérations très joyeuses.

En attendant, si un jour quelqu’un invente une machine pour figer le temps présent, je ne doute pas que je ferais un merveilleux cobaye. 

Indochine – Peter Pan 

4 Comments

  • Cédric Daudon (@Papapsy)

    Bravo pour cet article, un de mes préférés !
    Pour ma part, je pense que les « cases » sont le véritable problème de notre société. Pour simplifier notre environnement, notre cerveau n’a de cesse de faire de l’économie cognitive. Il faut être Comptable, ou artiste, mais pas les deux ! Scientifique, Littéraire, mais pas les deux ! Parent, ou enfant, mais pas les deux. Et d’ailleurs quelqu’un pourrait-il me dire ce qu’est réellement un Parent ? Remplir sa fiche 2042Xr53/-234 de ses impôts ?
    Mon Dieu, laissez moi faire une régression infantile avec des couches alors.

    À mon avis, mieux vaut être à mille facettes qu’avoir une case qui manque.
    Au Diable les normes sociales, et continuez comme vous êtes !

    • Carmel

      Alors là, je dois dire que je n’avais pas vu les choses de cette manière ! Merci pour votre commentaire si instructif Cédric. C’est vrai que l’on a tendance à tout vouloir ranger dans des cases et on ne trouve pas toujours celle qui nous correspond le mieux. J’aime bien l’idée des mille facettes alors je vais retenir ça 😊

  • Fugu

    Coucou (c’est encore moi :D) !

    Alors je comprends fort bien (une partie de) ton vécu. J’ai 35 ans, bientôt 36, et ça fait peu de temps que j’ai réalisé que j’étais devenue adulte.

    Ca n’est pas arrivé quand j’ai fêté mes 18 ans, mes 21 ans ou même mes 30 ou 33 ans (qui pour moi étaient l’âge « adulte » depuis mon adolescence), non, c’est juste que d’un coup j’ai réalisé que j’avais mûri. Que j’arrivais toujours à m’amuser, à « faire des caprices » parfois, mais que tout en général avait pris en maturité chez moi (ma face aussi, malheureusement).

    Bizarrement et même si ça n’a pas été la seule choses à enclencher ce changement (la plus grande part, c’est l’arrêt de ma contraception, pour tout dire), j’ai enfin arrêté de penser à la mort. Enfin je sais que je ne suis pas éternelle, mais j’ai toujours été angoissée, à compter les jours qui me séparaient de l’âge « moyen » de la mort. Il faut dire que mes parents en parlent tous les jours, ils prétendent que c’est parce qu’il faut y penser et être prêt, moi je pense de plus en plus qu’ils tentent d’exorciser leur peur en en parlant, sauf que du coup sur une enfant sensible comme moi, ça a fait des dégâts. 😀

    Bref, tout ça pour dire que ça y est, j’ai aussi la sensation d’avoir passé un cap, je me sens adulte, et c’est à la fois un peu flippant et grisant de me dire que ça y est, je suis plus ou moins celle que je rêvais d’être plus jeune. Enfin avec plus de ventre et moins de poitrine, on peut pas tout avoir. 😀

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